TRÉZENIK Léo (1855-1902)

Né à Rémalard (61), Léon Épinette est fils de quincaillier.  Ses études à Vannes lui fournissent son pseudonyme : TRÉZENIK signifie épinette en langue bretonne ! Il utilise aussi les noms de Jacques TRÉMORA (articles) et Pierre INFERNAL (poésie).

Il interrompt ses études de médecine à Caen avant de s’installer à Paris où il fonde la revue La Nouvelle rive gauche. Les principaux littérateurs d'avant-garde y collaborèrent : Henri de Régnier, Jean Moréas, Willy, le mari de Colette, et Paul Verlaine.

Histoires normandes

 

Trézenik déclare dans sa dédicace de 1891 qu'il désirait offrir des histoires, écrites dans la seule préoccupation de présenter aux lecteurs quelques notations sur les gens et les choses de (sa) chère petite province.

 

Il plante le décor de huit nouvelles aux environs de Rémalard, dans l'Orne, et choisit des personnages typés : curé, médecin, postière, paysan rusé et coureur, femme intéressée ou roublarde....

Ce "Maupassant percheron" s'adjoint un "collaborateur" en la personne de Willy.


La troubleuse d'hommes

 

Elle ne partait qu’après s’être mise sous les armes. Et c’est bien d’elle qu’on pouvait dire qu’elle était armée jusqu’aux dents. Car elle y avait, en guise de poignard, un sourire affilé comme un kriss malais et qui luisait férocement dans sa gaine de pourpre.

 

Le long des trottoirs, elle trottinait, gaillardement troussée, sous prétexte de boue ou de poussière, laissant voir son éternel bas noir. Et tous les soirs elle s’endormait, béate, un fin sourire narquois au coin de la lèvre, semblant dire comme Titus, de romaine mémoire : « Je n’ai pas perdu ma journée. »

Vite lu - 56