Nouvelle plume

Les nouvelles de Jean-Patrick Beaufreton : l'animateur de La Piterne puise à plusieurs sources : les contes et légendes de Normandie qu'il reformule en termes contemporains ; les faits historiques rencontrées au cours de ses recherches ; le monde actuel et ses multiples facéties ; la nature où il aime déambuler.

Optimiste de nature, il privilégie les récits marqués de confiance, de générosité, de solidarité, de camaraderie ou d'amitié. Ni meurtre, ni hémoglobine, de l'amour sans renier le sexe, telles sont ses valeurs principales. Parfois la clé finale est heureuse, souvent elle est laissée au goût du lecteur : le texte n'est vraiment fini que quand il est lu.

NP01 à NP10


10 - Mathurin et ses amours

 

Mathurin est un garçon à la vie exemplaire : les amis de ses parents le citent en exemple.

 

Mathurin a un diplôme, comme beaucoup de jeunes de sa génération ; il a un emploi, comme tous les pistonnés par leur paternel ; il habite chez ses parents, et cela rassure ceux qui redoutent le départ de leurs enfants du cocon familial. Ce qui est moins visible, moins exhibé, c’est le petit cœur de Mathurin, ses souffrances intimes, ses amours platoniques sans lendemain. Mathurin rêve en secret d’une donzelle pour le restant de ses jours, mais les jours défilent plus vite que les nymphettes entre ses bras.

 


09 - Pas de fumée sans vieux

 

Camille, jeune journaliste, découvre l’EHPAD de l’Âge d’or où les anecdotes les plus incroyables se concentrent : un directeur fantaisiste, des incidents burlesques, des animations loufoques et des résidents étranges. Les plus folles rumeurs conduisent Camille à se transformer en détective, à l’affût des turpitudes d’un vieux monsieur à la réputation de chaud lapin. Décidément, si les journées sont impensables, les nuits sont encore plus délirantes.

 

Si les anecdotes sont inspirées de faits divers autour du 3e âge, aucun établissement ne les cumule à ce point. Quoi qu’on dise, les anciens sont plus au calme que dans cette maison imaginaire !

 

 


08 - Tourments au ville

 

Ce matin, juste après l’ouverture, les boîtes à bonbons ont décollé de l’étagère dans la boulangerie et elles ont volé en l’air. Le maire tenait son explication : le boulanger farceur draguait son employée naïve. Rien d’autre à chercher. Il se souvint que son fils fréquentait aussi cette Nicole ; il l’interrogerait et serait mieux informé que le village, un peu crédule à ses yeux. Si la gendarmerie ouvrait une enquête, le maire avertirait le brigadier d’aller tâter dans cette direction.

 

Les idées préconçues se heurtent souvent à la réalité plus simple et étonnante, surtout quand les sentiments se révèlent plus forts que la raison.


07 - Coupable vision

 

Les grands yeux clairs se tournaient vers le tribunal.
— Madame Leduc, rapportez-nous ce qui s'est passé chez le guérisseur :
La dame sortit de sa torpeur :
— Je suis allée voir monsieur Géraud parce que, avec mon mari, ça n’allait pas fort... Il m’a écoutée. Je lui en disais un peu. Et comme je me sentais bien, je lui en ai dit davantage. Des trucs que je disais à personne. Il est venu s’asseoir à côté de moi, m’a caressé la joue, a essuyé mes larmes, m’a pris la main. Il m’a demandé où mon corps se troublait le plus...


06 - Dans la gueule du loup

 

Février 1768, Marie et Mathieu sont fiers de leur fils de cinq ans, Mathieu lui aussi, il est malin et malicieux ! En revenant de chez Jacques, son copain tonnelier qui sait composer et clamer des poèmes, le père songe à l’hiver rigoureux, à la récolte misérable, à la vie du village.

Il trouve utile d’apprendre à lire à son fiston. Marie de son côté pense que leur garçon est encore jeune et encourage Mathieu à lui enseigner des choses utiles : aider aux champs, affronter l’existence pauvre. Il convient que les temps sont rudes, mais les enfants jouent et les parents s'aiment, c'est déjà beaucoup !


05 - De l'eau au moulin

 

En ce temps-là, les minoteries industrielles n’avaient pas envahi le pays, les artisans étaient nombreux et vivaient de leur métier. Au-dessus de chaque colline, le long de chaque rivière, des moulins écrasaient le blé, aidés par le vent ou par le courant.

Marc a appris le métier avec son grand-père, appelé l’Ancien tant il semble éternel. Le vieillard se désole parfois de sentir les années couler plus vite que le sablier ; il craint que la grande faucheuse ne vienne le ravir avant d’avoir marié son petit-fils et bercé une nouvelle génération...


04 - Au cœur du gîte

 

- Tu verras, ma fille ! avec le gîte, ça te fera un complément de revenus. Et tu rencontreras du monde, tu te sentiras moins seule.

Pourtant Véronique a des journées bien remplies : les bêtes, les machines, les semailles ou les récoltes selon les saisons.

 

Blaise est embarrassé. Sous le sapin de Noël, il trouva une boite-cadeau : choisir un séjour dans un des quatre-vingts gîtes ruraux partenaires.


03. Circonstances de concours

 

Pour occuper un week-end annoncé comme pluvieux, Justine s’est fixé une occupation utile : remplir son dossier de concours. Cette épreuve obligatoire lui offrait l’occasion inespérée, de se pencher sur elle-même, sa carrière et son avenir.

 

Dès la porte franchie, Justine trouve le jury impressionnant au premier coup d’œil. Seul l’homme à droite de la présidente lui paraît jeune, très jeune même, l’allure d’un étudiant attardé.


02 - La populocratie

 

M. Placide, parlementaire d’une circonscription lointaine, s’interrompit. Une maladie l’empêcha de siéger à la capitale pendant deux mois.

 

L’élu, connu de ses seuls concitoyens provinciaux, revint avec une pensée rencontrée quelque part, une graine germée on ne sait où, une réflexion entendue loin des palais de la République.

Un électeur lui avait-il soufflé cette utopie ou l’avait-il perçue dans un éclair de sérénité ?


01 - Docteur Sablier

 

Geneviève de Saint-Martin n’imaginait pas connaître le sort des femmes de son village !

Depuis octobre 1914, il ne se passait pas un mois sans la visite des gendarmes en mairie pour annoncer une triste nouvelle. Elle n’avait aucun parent sous les drapeaux.

Sa seule et lointaine connaissance, Jacques Sablier, était médecin dans un hôpital auxiliaire, loin des lignes, utile à la patrie, voire indispensable.